ARTICLE
PREMMIER:
Nature de la Doctrine Sociale de L'Église
1.L'Église comme
mère et maîtresse
2. La mission de l'Église
3. Le message social de l'Église
4. La portée de l'enseignement social de l'Église
5. Evangélisation et enseignement social de
l'Église
I. L'ÉGLISE
COMME MÈRE ET MAÎTRESSE
1. Mère et éducatrice
de tous les peuples, l'Église universelle a été
instituée par Jésus-Christ pour que tous les hommes
au long des siècles trouvent en son sein et dans son amour
la plénitude d'une vie plus élevée et la garantie
de leur salut. A cette Église, "colonne et fondement
de vérité" (cf. 1 Tm 3, 15), son saint Fondateur
a confié une double tâche: engendrer des fils, les
éduquer et les diriger, en veillant avec une providence maternelle
sur la vie des individus et des peuples, dont elle a toujours respecté
et protégé avec soin la dignité.
(Mater et Magistra, n. 1)
2. Assurément, une question
de cette gravité demande encore à d'autres agents
leur part d'activité et d'efforts. Nous voulons parler des
chefs d'État, des patrons et des riches, des ouvriers eux-mêmes
dont le sort est ici en jeu. Mais ce que Nous affirmons sans hésitation,
c'est l'inanité de leur action en dehors de celle de l'Église.
C'est l'Église, en effet, qui puise dans l'Évangile
des doctrines capables, soit de mettre fin au conflit, soit au moins
de l'adoucir en lui enlevant tout ce qu'il a d'âpreté
et d'aigreur; l'Église, qui ne se contente pas d'éclairer
l'esprit de ses enseignements, mais s'efforce encore de régler
en conséquence la vie et les moeurs de chacun; l'Église
qui, par une foule d'institutions éminemment bienfaisantes,
tend à améliorer le sort des classes pauvres; l'Église
qui veut et désire ardemment que toutes les classes mettent
en commun leurs lumières et leurs forces, pour donner à
la question ouvrière la meilleure solution possible; l'Église
enfin qui estime que les lois et l'autorité publique doivent,
avec mesure et avec sagesse sans doute, apporter à cette
solution leur part de concours.
(Rerum Novarum, n. 16)
3. Le christianisme, en effet, rejoint
la terre au ciel, en tant qu'il prend l'homme dans sa réalité
concrète, esprit et matière, intelligence et volonté,
et l'invite à élever sa pensée des conditions
changeantes de la vie terrestre vers les cimes de la vie éternelle,
dans un accomplis-sement sans fin de bonheur et de paix.
(Mater et Magistra, n. 2)
4. Rien d'étonnant donc à
ce que l'Église catholique, à l'imitation et au commandement
du Christ, pendant deux mille ans, de l'institution des diacres
antiques jusqu'à nos jours, ait constamment tenu très
haut le flambeau de la charité, par ses commandements, mais
aussi par ses innombrables exemples; cette charité, en harmon-isant
les préceptes de l'amour mutuel et leur pratique, réalise
admirablement le commandement de ce double don, qui résume
la doctrine et l'action sociale de l'Église.
(Mater et Magistra, n. 6)
5. Ainsi, à la lumière
de la doctrine du Concile Vatican II, l'Église apparaît
à nos yeux comme étant socialement sujet de responsabilité
à l'égard de la vérité divine. C'est
avec une profonde émotion que nous écoutons le Christ
lui-même lorsqu'il déclare: "La parole que vous
entendez n'est pas la mienne, mais elle est celle du Père
qui m'a envoyé" (Jn 14, 24).... C'est pourquoi il est
nécessaire que l'Église, lorsqu'elle professe et enseigne
la foi, adhère étroitement à la vérité
divine (Dei Verbum, nn. 5, 10, 21) et que cela se traduise par une
attitude vécue de "soumission conforme à la raison"
(cf. Dei Filius, chap. 3).
(Redemptor Hominis, n. 19)
6. En particulier, comme l'affirme
le Concile, "la charge d'interpréter de façon
authentique la parole de Dieu, écrite ou transmise, a été
confiée au seul Magistère vivant de l'Église
dont l'autorité s'exerce au nom de Jésus Christ"
(Dei Verbum, n. 10). Ainsi l'Église, dans sa vie et dans
son enseignement, se présente comme "colonne et support
de la vérité" (1 Tm 3, 15), et aussi de la vérité
dans l'agir moral. En effet, "il appartient à l'Église
d'annoncer en tout temps et en tout lieu les principes de la morale,
même en ce qui concerne l'ordre social, ainsi que de porter
un jugement sur toute réalité humaine, dans la mesure
où l'exigent les droits fondamentaux de la personne humaine
ou le salut des âmes" (Code de droit canonique, 747,
n. 2).
Précisément sur les questions qui font l'objet aujourd'hui
du débat moral et autour desquelles se sont développées
de nouvelles tendances et de nouvelles théories, le Magistère,
dans la fidélité à Jésus Christ et dans
la continuité de la Tradition de l'Église, estime
qu'il est de son devoir urgent de proposer son discernement et son
enseignement, afin d'aider l'homme sur le chemin vers la vérité
et vers la liberté.
(Veritatis Splendor, n. 27)

II. LA MISSION
DE L'ÉGLISE
7. Née de l'amour du Père
éternel, fondée dans le temps par le Christ rédempteur,
rassemblée dans l'Esprit-Saint (cf. Ep 1, 3; 5, 6.13-14.23),
l'Église poursuit une fin salvifique et eschatologique qui
ne peut être pleinement atteinte que dans le siècle
à venir. Mais, dès maintenant présente sur
cette terre, elle se compose d'hommes, de membres de la cité
terrestre, qui ont vocation de former, au sein même de l'histoire
humaine, la famille des enfants de Dieu, qui doit croître
sans cesse jusqu'à la venue du Seigneur. Unie en vue des
biens célestes, riche de ces biens, cette famille "a
été constituée et organisée en ce monde
comme une société" (LG, n. 8) par le Christ,
et elle a été dotée "de moyens capables
d'assurer son union visible et sociale" (LG, n. 8). A la fois
"assemblée visible et communauté spirituelle",
l'Église fait ainsi route avec toute l'humanité et
partage le sort terrestre du monde; elle est comme le ferment et,
pour ainsi dire, l'âme de la société humaine
appelée à être renouvelée dans le Christ
et transformée en famille de Dieu.
(Gaudium et Spes, n. 40)
8. L'enseignement et la diffusion
de la doctrine sociale font partie de la mission d'évangélisation
de l'Église. Et, s'agissant d'une doctrine destinée
à guider la conduite de la personne, elle a pour conséquence
l' "engagement pour la justice" de chacun suivant son
rôle, sa vocation, sa condition.
L'accomplissement du ministère de l'évangélisation
dans le domaine social, qui fait partie de la fonction prophétique
de l'Église, comprend aussi la dénonciation des maux
et des injustices. Mais il convient de souligner que l'annonce est
toujours plus importante que la dénonciation, et celle-ci
ne peut faire abstraction de celle-là qui lui donne son véritable
fondement et la force de la motivation la plus haute.
(Sollicitudo Rei Socialis, n. 41)
9. Nous confessons que le Royaume
de Dieu commencé ici-bas en l'Église du Christ n'est
pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre
ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation,
de la science ou de la technique humaines, mais qu'elle consiste
à connaître toujours plus profondément les insondables
richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement
les biens éternels, à répondre toujours plus
ardemment à l'amour de Dieu, à dispenser toujours
plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes.
Mais c'est ce même amour qui porte l'Église à
se soucier constamment du vrai bien temporel des hommes. Ne cessant
de rappeler à ses enfants qu'ils n'ont pas ici-bas de demeure
permanente, elle les presse aussi de contribuer, chacun selon sa
vocation et ses moyens, au bien de leur cité terrestre, de
promouvoir la justice, la paix et la fraternité entre les
hommes, de prodiguer leur aide à leurs frères, surtout
aux plus pauvres et aux plus malheureux (Paul VI, Profession de
foi du peuple de Dieu, n. 27).
(Libertatis Nuntius, Conclusion)
10. L'Église, pour sa part,
qui a reçu la mission de manifester le mystère de
Dieu, de ce Dieu qui a reçu la mission de manifester le mystère
de Dieu, de ce Dieu qui est la fin ultime de l'homme, révèle
en même temps à l'homme le sens de sa propre existence,
c'est-à-dire sa vérité essentielle. L'Église
sait parfaitement que Dieu seul, dont elle est la servante, répond
aux plus profonds désirs du coeur humain que jamais ne rassasient
pleinement les nourritures terrestres.
(Gaudium et Spes, n. 41)
11. Dès lors, l'Église
pourvue des dons de son Fondateur et attachée à Ses
préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation,
reçoit la mission d'annoncer et d'instaurer en toutes les
nations le Royaume du Christ et de Dieu dont, sur terre, elle constitue
le germe et le commencement. Dans l'intervalle, à mesure
qu'elle grandit, elle aspire à l'accomplissement du Royaume,
elle espère et souhaite de toutes ses forces être unie
à son Roi dans la gloire.
(Lumen Gentium, n. 5)
12. L'Église, on le sait,
n'est point séparée du monde; elle vit dans le monde.
Les membres de l'Église subissent l'influence du monde; ils
en respirent la culture, en acceptent les lois et en adoptent les
murs. Ce contact intime avec la société temporelle
crée pour l'Église une situation toujours pleine de
problèmes; aujourd'hui ceux-ci sont particulièrement
aigus.
D'une part la vie chrétienne, que l'Église sauvegarde
et développe, doit sans cesse et courageusement se défendre
de toute déviation, profanation ou étouffement; il
lui faut comme s'immuniser contre la contagion de l'erreur et du
mal. Mais d'autre part la vie chrétienne ne doit pas simplement
s'accommoder des manières de penser et d'agir présentées
et imposées par le milieu temporel, tant qu'elles sont compatibles
avec les impératifs essentiels de son programme religieux
et moral; elle doit de plus tâcher de les rejoindre, de les
purifier, de les ennoblir, de les animer et de les sanctifier.
(Ecclesiam Suam, n. 42)
13. L'Église offre aux hommes
l'Évangile, document prophét-ique qui répond
aux exigences et aux aspirations du coeur humain: il est toujours
"Bonne Nouvelle". L'Église ne peut se dispenser
de proclamer que Jésus est venu révéler le
visage de Dieu et mériter, par la Croix et la Résurrection,
le salut pour tous les hommes.
(Redemptoris Missio, n. 11)
14. Tout ce qui est humain nous regarde.
Nous avons en commun avec toute l'humanité la nature, c'est-à-dire
la vie, avec tous ses dons, avec tous ses problèmes. Nous
acceptons de partager cette première universalité;
nous sommes tout disposés à accueillir les requêtes
profondes de ses besoins fondamentaux, à applaudir aux affirmations
nouvelles et parfois sublimes de son génie. Et nous avons
des vérités morales, vitales, à mettre en évidence
et à consolider dans la conscience humaine, car elles sont
bienfaisantes pour tous. Partout où l'homme se met en devoir
de se comprendre lui-même et de comprendre le monde, nous
pouvons communiquer avec lui.
(Ecclesiam Suam, n. 97)

III. LE MESSAGE
SOCIAL DE L'ÉGLISE
15. L'intérêt actif
que porte l'Église à la question sociale, c'est-à-dire
à ce qui a pour fin un développement authentique de
l'homme et de la société, de nature à respecter
et à promouvoir la personne humaine dans toutes ses dimensions,
s'est toujours manifesté de manières très diverses.
L'un des modes d'intervention privilégié ces derniers
temps a été le Magistère des Pontifes Romains,
qui ont souvent traité la question en se référant
à l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, faisant
parfois coïncider la date de publication des divers documents
sociaux avec les anniversaires de cette première encyclique.
Les Souverains Pontifes n'ont pas manqué, par ces interventions,
de mettre en relief également des aspects nouveaux de la
doctrine sociale de l'Église. Ainsi, en commençant
par l'apport remarquable de Léon XIII, enrichi par les contributions
successives du Magistère, s'est constitué un corps
de doctrine actualisé qui s'articule à mesure que
l'Église interprète les événements dans
leur déroulement au cours de l'histoire à la lumière
de l'ensemble de la Parole révélée par le Christ
Jésus (Dei Verbum, n. 4) et avec l'assistance de l'Esprit
Saint (cf. Jn 14, 16.26; 16, 13-15). Elle cherche de cette façon
à guider les hommes pour qu'ils répondent, en s'appuyant
sur la réflexion rationnelle et l'apport des sciences humaines,
à leur vocation de bâtisseurs responsables de la société
terrestre.
(Sollicitudo Rei Socialis, n. 1)
16. Dans les perturbations et les
incertitudes de l'heure présente, l'Église a un message
spécifique à proclamer, un soutien à donner
aux hommes dans leurs efforts pour prendre en main et orienter leur
avenir. Depuis l'époque où Rerum Novarum dénonçait
de manière vive et impérative le scandale de la condition
ouvrière dans la société industrielle naissante,
l'évolution historique a fait prendre conscience, comme le
constataient déjà Quadragesimo Anno et Mater et Magistra,
d'autres dimensions et d'autres applications de la justice sociale.
Le récent Concile s'est employé, pour sa part, à
les dégager, en particulier dans la Constitution pastorale
Gaudium et Spes. Nous-même déjà avons prolongé
ces orientations par notre encyclique Populorum Progressio: "Aujourd'hui,
disions-Nous, le fait majeur dont chacun doit prendre conscience
est que la question sociale est devenue mondiale" (PP, n. 3).
"Une prise de conscience renouvelée des exigences du
message évangélique fait un devoir à l'Église
de se mettre au service des hommes pour les aider à saisir
toutes les dimensions de ce grave problème et pour les convaincre
de l'urgence d'une action solidaire en ce tournant de l'histoire
de l'humanité".
(Octogesima Adveniens, n. 5)
17. "La révélation
chrétienne conduit à une intelligence plus pénétrante
des lois de la vie sociale" (GS, n. 23). L'Église reçoit
de l'Évangile la pleine révélation de la vérité
de l'homme. Quand elle accomplit sa mission d'annoncer l'Évangile,
elle atteste à l'homme, au nom du Christ, sa dignité
propre et sa vocation à la communion des personnes; elle
lui enseigne les exigences de la justice et de la paix, conformes
à la sagesse divine.
(CEC, n. 2419)
18. La doctrine sociale de l'Église,
qui propose un ensemble de principes de réflexion, de critères
pour le jugement et de directives pour l'action, s'adresse tout
d'abord aux membres de l'Église. Il est essentiel que les
fidèles engagés dans la promotion humaine aient une
solide compréhension de ce précieux corpus d'enseignement
et le considèrent comme partie intégrante de leur
mission évangélisatrice.... Les responsables chrétiens
dans l'Église et dans la société, spécialement
les laïcs hommes et femmes ayant une responsabilité
dans la vie publique, ont besoin d'être bien formés
à cet enseignement, de sorte qu'ils puissent inspirer et
animer la société civile et ses structures avec le
levain de l'Évangile.
(Ecclesia in Asia, n. 32)
19. La formation doctrinale des fidèles
se révèle de nos jours de plus en plus urgente, du
fait non seulement du dynamisme naturel d'approfondissement de la
foi, mais aussi de la nécessité de "rendre raison
de l'espérance" qui est en eux en face du monde et de
ses problèmes graves et complexes. De là découle
l'absolue nécessité d'une action systématique
de catéchèse, adaptée à l'âge
et aux diverses situations de vie, et d'une promotion chrétienne
plus résolue de la culture, afin de répondre aux questions
éternelles et aux problèmes nouveaux qui agitent l'homme
et la société d'aujourd'hui.
Il est tout à fait indispensable, en particulier, que les
fidèles laïcs, surtout ceux qui sont engagés
de diverses façons sur le terrain social ou politique, aient
une connaissance plus précise de la doctrine sociale de l'Église,
comme les Pères synodaux l'ont demandé à plusieurs
reprises dans leurs interventions.
(Christifideles Laici, n. 60)
20. Fidèle à l'enseignement
et à l'exemple de son divin fondateur qui donnait l'annonce
de la Bonne Nouvelle aux pauvres comme signe de sa mission (Lk 7,
22), l'Église n'a jamais négligé de promouvoir
l'élévation humaine des peuples auxquels elle apportait
la foi au Christ.
(Populorum Progressio, n. 12)
21. L'Église partage avec
les hommes de notre temps ce désir ardent et profond d'une
vie juste à tous points de vue, et elle n'omet pas non plus
de réfléchir aux divers aspects de la justice, telle
que l'exige la vie des hommes et des sociétés. Le
développement de la doctrine sociale catholique au cours
du dernier siècle le confirme bien. Dans le sillage de cet
enseignement se situent aussi bien l'éducation et la formation
des consciences humaines dans un esprit de justice, que les initiatives
particulières qui se développent dans cet esprit,
spécialement dans le cadre de l'apostolat des laïcs.
(Dives in Misericordia, n. 12)
22. Si, comme Nous l'avons dit, l'Eglise
réalise ce qu'est la volonté de Dieu à cet
égard, elle tirera profit pour elle-même d'une grande
énergie et concevra en outre le besoin de déverser
cette énergie au service de tous les hommes. Elle aura une
sensibilisation précise d'une mission reçue de Dieu,
d'un message à propager partout. C'est là que repose
la source de notre devoir évangélique, de notre mandat
à enseigner toutes les nations et de notre effort apostolique
afin de poursuivre le salut éternel de tous les hommes.
(Ecclesiam Suam, n. 64)
23. Certes, il n'y a pas de modèle
unique d'organisation politique et économique de la liberté
humaine, puisque les différentes cultures et la diversité
des expériences historiques sont à l'origine de différentes
formes d'institutions dans une société libre et responsable.
(Discours à la 50e Assemblée générale
de l'ONU, 1995, n. 3)
24. En outre, la doctrine sociale
a une importante dimension interdisciplinaire. Pour mieux incarner
l'unique vérité concernant l'homme dans des contextes
sociaux, économiques et politiques différents et en
continuel changement, cette doctrine entre en dialogue avec les
diverses disciplines qui s'occupent de l'homme, elle en assimile
les apports et elle les aide à s'orienter, dans une perspective
plus vaste, vers le service de la personne, connue et aimée
dans la plénitude de sa vocation. A côté de
la dimension interdisciplinaire, il faut rappeler aussi la dimension
pratique et, en un sens, expérimentale de cette doctrine.
Elle se situe à la rencontre de la vie et de la con-science
chrétienne avec les situations du monde, et elle se manifeste
dans les efforts accomplis par les individus, les familles, les
agents culturels et sociaux, les politiciens et les hommes d'État
pour lui donner sa forme et son application dans l'histoire.
(Centesimus Annus, n. 59)

IV. LA PORTÉE
DE L'ENSEIGNEMENT SOCIAL DE L'ÉGLISE
25. L'Église n'a pas de modèle
à proposer. Les modèles véritables et réellement
efficaces ne peuvent être conçus que dans le cadre
des différentes situations historiques, par l'effort de tous
les responsables qui font face aux problèmes concrets sous
tous leurs aspects sociaux, économiques, politiques et culturels
imbriqués les uns avec les autres (cf. GS, n. 36; Octogesima
Adveniens, nn. 2-5). Face à ces responsabilités, l'Église
présente, comme orientation intellectuelle indispensable,
sa doctrine sociale qui ainsi qu'il a été dit reconnaît
le caractère positif du marché et de l'entreprise,
mais qui souligne en même temps la nécessité
de leur orientation vers le bien commun.
(Centesimus Annus, n. 43)
26. L'enseignement social de l'Église
comporte un corps de doctrine qui s'articule à mesure que
l'Église interprète les événements au
cours de l'histoire, à la lumière de l'ensemble de
la parole révélée par le Christ Jésus
avec l'assistance de l'Esprit Saint (cf. SRS, n. 1). Cet enseignement
devient d'autant plus acceptable pour les hommes de bonne volonté
qu'il inspire davantage la conduite des fidèles.
(CEC, n. 2422)
27. A ce stade de l'application concrète
des principes, des divergences de vue peuvent surgir, même
entre catholiques droits et sincères. Lorsque cela se produit,
que jamais ne fassent défaut la considération réciproque,
le respect mutuel et la bonne volonté qui recherche les points
de contact en vue d'une action opportune et efficace; que l'on ne
s'épuise pas en discussions interminables; et sous le prétexte
du mieux, que l'on ne néglige pas le bien qui peut et doit
être fait.
(Mater et Magistra, n. 238)
28. L'Église ne propose pas
sa propre philosophie ni ne canonise une quelconque philosophie
particulière au détriment des autres. La raison profonde
de cette réserve réside dans le fait que la philosophie,
même quand elle entre en relation avec la théologie,
doit procéder selon ses méthodes et ses règles;
autrement, il n'y aurait pas de garantie qu'elle reste tournée
vers la vérité et qu'elle y tende grâce à
une démarche rationnellement vérifiable. Une philosophie
qui ne procéderait pas à la lumière de la raison
selon ses principes propres et ses méthodes spécifiques
ne serait pas d'un grand secours. En définitive, la source
de l'autonomie dont jouit la philosophie est à rechercher
dans le fait que la raison est, de par sa nature, orientée
vers la vérité et que, en outre, elle dispose en elle-même
des moyens pour y parvenir. Une philosophie consciente de son "statut
constitutif" ne peut pas ne pas respecter non plus les exigences
et les évidences propres à la vérité
révélée.
(Fides et Ratio, n. 49)
29. La doctrine sociale de l'Église
s'est développée au dix-neuvième siècle
lors de la rencontre de l'Évangile avec la société
industrielle moderne, ses nouvelles structures pour la production
de biens de consommation, sa nouvelle conception de la société,
de l'État et de l'autorité, ses nouvelles formes de
travail et de propriété. Le développement de
la doctrine de l'Église, en matière économique
et sociale, atteste la valeur permanente de l'enseignement de l'Église,
en même temps que le sens véritable de sa Tradition
toujours vivante et active (cf. CA, n. 3).
(CEC, n. 2421)
30. La doctrine sociale de l'Église
n'est pas une "troisième voie" entre le capitalisme
libéral et le collectivisme marxiste, ni une autre possibilité
parmi les solutions moins radicalement marquées: elle constitue
une catégorie en soi. Elle n'est pas non plus une idéologie,
mais la formulation précise des résultats d'une réflexion
attentive sur les réalités complexes de l'existence
de l'homme dans la société et dans le contexte international,
à la lumière de la foi et de la tradition ecclésiale.
Son but principal est d'interpréter ces réalités,
en examinant leur conformité ou leurs divergences avec les
orientations de l'enseignement de l'Évangile sur l'homme
et sur sa vocation à la fois terrestre et transcendante;
elle a donc pour but d'orienter le comportement chrétien.
C'est pourquoi elle n'entre pas dans le domaine de l'idéologie
mais dans celui de la théologie et parti-culièrement
de la théologie morale.
(Sollicitudo Rei Socialis, n. 41)
31. Sans doute, c'est à l'éternelle
félicité, et non pas à une pro-spérité
passagère seulement, que l'Église a reçu la
mission de conduire l'humanité; et même "elle
ne se reconnaît point le droit de s'immiscer sans raison dans
la conduite des affaires temporelles" (Ubi Arcano Dei Consilio,
n. 65). A aucun prix toutefois elle ne peut abdiquer la charge que
Dieu lui a confiée et qui lui fait une loi d'intervenir,
non certes dans le domaine technique à l'égard duquel
elle est dépourvue de moyens appropriés et de compétence,
mais en tout ce qui touche à la loi morale. En ces matières,
en effet, le dépôt de la vérité qui Nous
est confié d'En-Haut et la très grave obligation qui
Nous incombe de promulguer, d'interpréter et de prêcher,
en dépit de tout, la loi morale, soumettent également
à Notre suprême autorité l'ordre social et l'ordre
économique.
(Quadragesimo Anno, n. 41)
32. La doctrine sociale, aujourd'hui
surtout, s'occupe de l'homme en tant qu'intégré dans
le réseau complexe de relations des sociétés
modernes. Les sciences humaines et la philosophie aident à
bien saisir que l'homme est situé au centre de la société
et à le mettre en mesure de mieux se comprendre lui-même
en tant qu' "être social". Mais seule la foi lui
révèle pleinement sa véritable identité,
et elle est précisément le point de départ
de la doctrine sociale de l'Église.
(Centesimus Annus, n. 54)

V. EVANGÉLISATION
ET ENSEIGNEMENT SOCIAL DE
L'ÉGLISE
33. La "nouvelle évangélisation",
dont le monde moderne a un urgent besoin et sur laquelle j'ai insisté
de nombreuses fois, doit compter parmi ses éléments
essentiels l'annonce de la doctrine sociale de l'Église,
apte, aujourd'hui comme sous Léon XIII, à indiquer
le bon chemin pour répondre aux grands défis du temps
présent, dans un contexte de discrédit croissant des
idéologies. Comme à cette époque, il faut répéter
qu'il n'existe pas de véritable solution de la "question
sociale" hors de l'Évangile et que, d'autre part, les
"choses nouvelles" peuvent trouver en lui leur espace
de vérité et la qualification morale qui convient.
(Centesimus Annus, n. 5)
34. Ce qui compte-ici comme en tout
domaine de la vie chrétienne-c'est la confiance qui vient
de la foi, c'est-à-dire de la certitude que nous ne sommes
pas nous-mêmes les protagonistes de la mission mais que c'est
Jésus Christ et son Esprit. Nous ne sommes que des collaborateurs
et, quand nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir,
nous devons dire: "Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous
avons fait ce que nous devions faire" (Lc 17, 10).
(Redemptoris Missio, n. 36)
35. Je voudrais proposer maintenant
une "relecture" de l'encyclique de Léon XIII, et
inviter à porter un regard "rétrospectif"
sur son texte lui-même afin de redécouvrir la richesse
des principes fondamentaux qui y sont formulés pour la solution
de la question ouvrière. Mais j'invite aussi à porter
un regard "actuel" sur les "choses nouvelles"
qui nous entourent et dans lesquelles nous nous trouvons immergés,
pour ainsi dire, bien différentes des "choses nouvelles"
qui caractérisaient l'ultime décennie du siècle
dernier. J'invite enfin à porter le regard "vers l'avenir",
alors qu'on entrevoit déjà le troisième millénaire
de l'ère chrétienne, lourd d'inconnu mais aussi de
promesses. Inconnu et promesses qui font appel à notre imagination
et à notre créativité, qui nous stimulent aussi,
en tant que disciples du Christ, le "Maître unique"
(cf. Mt 23, 8), dans notre responsabilité de montrer la voie,
de proclamer la vérité et de communiquer la vie qu'il
est lui-même (cf. Jn 14, 6). En agissant ainsi, non seulement
on réaffirmera la valeur permanente de cet enseignement,
mais on manifestera aussi le vrai sens de la Tradition de l'Église
qui, toujours vivante et active, construit sur les fondations posées
par nos pères dans la foi et particulièrement sur
ce que "les Apôtres ont transmis à l'Église"
(Saint Irénée, Adversus Haereses, I, 10) au nom de
Jésus-Christ: il est le fondement et "nul n'en peut
poser d'autre" (cf. 1 Cor 3, 11) .
(Centesimus Annus, n. 3)
36. La présentation du message
évangélique n'est pas pour l'Église une contribution
facultative: c'est le devoir qui lui incombe, par mandat du Seigneur
Jésus, afin que les hommes puissent croire et être
sauvés. Oui, ce message est nécessaire. Il est unique.
Il ne saurait être remplacé.
(Evangelii Nuntiandi, n. 5)
37. Nous sommes envoyés: être
au service de la vie n'est pas pour nous un motif d'orgueil mais
un devoir né de la conscience d'être "le peuple
que Dieu s'est acquis pour proclamer ses louanges" (cf. 1 Pt
2, 9). La loi de l'amour nous guide et nous soutient sur le chemin,
l'amour dont le Fils de Dieu fait homme est la source et le modèle,
lui qui "par sa mort a donné la vie au monde" (cf.
Missel romain, prière du célébrant avant la
communion).
Nous sommes envoyés comme peuple. L'engagement au service
de la vie concerne tout un chacun. C'est une responsabilité
proprement "ecclésiale", qui exige l'action concertée
et généreuse de tous les membres et de tous les organismes
de la communauté chrétienne. Cependant, le devoir
commun n'élimine pas et ne diminue pas la responsabilité
individuelle, car c'est à chaque personne que s'adresse le
commandement du Seigneur de "se faire le prochain" de
tout homme: "Va, et toi aussi, fais de même" (Lc
10, 37).
(Evangelium Vitae, n. 79)
38. Tous ensemble, nous ressentons
le devoir d'annoncer l'Évan-gile de la vie, de le célébrer
dans la liturgie et dans toute l'existence, de le servir par les
diverses initiatives et structures destinées à son
soutien et à sa promotion.
(Evangelium Vitae, n. 79)

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